Poterie — Épisode 1 : Là où tout a commencé
Avril 2023.
Je m’installe pour la première fois derrière un tour.
Un atelier de trois jours offert pour mon anniversaire, histoire de découvrir cet univers et de mettre les mains dans la terre pour la première fois. Autant dire que c’est un coup de cœur immédiat — un moment à la fois créatif et apaisant, une déconnexion parfaite où le cerveau n’a d’autre choix que de se taire pour laisser le corps écouter le rythme de la terre.
Puis plus rien.
La vie reprend le dessus.

Quitter Paris pour s’installer dans l’Orne, c’est aussi dire adieu aux cours de poterie accessibles. Pendant près d’un an, cette envie reste en veille.
Mais le hasard fait bien les choses.
En août 2023, lors de portes ouvertes chez des artisans et créateurs locaux, je tombe sur Shirel. Elle sort d’école, fait de la poterie, cherche des élèves. Et moi, je cherche exactement ça : quelqu’un pour relancer un apprentissage resté sur pause.
C’est aussi l’occasion de découvrir de nouvelles terres. Et notamment le grès — dont je tombe littéralement amoureuse. La chamotte, cette texture granuleuse si particulière, change complètement la relation qu’on entretient avec la matière.
On fait un cours d’essai en septembre 2023. Histoire d’évaluer mon niveau — disons plutôt mon approche à la terre.
Il y a juste un hic.
Shirel quitte son espace créatif, déménage hors du centre-ville, doit aménager son garage en studio. C’est à quinze minutes en voiture. Et à ce moment-là, je n’ai pas encore mon permis.
Cependant, j’avais déjà accumulé mes heures de conduite, et en décembre, je décroche mon permis. Niveau déverrouillé : pouvoir aller d’un point A à un point B de façon autonome.
Les cours réguliers démarrent dès janvier 2024, à raison d’un par semaine jusqu’en mai — avant de s’espacer pendant la période estivale.
Il faut dire que la saison est chargée. Cheffe de rang petit-déjeuner, barista, barmaid, photographe, community manager… Une petite équipe qui fait tourner 100 couverts par service, 5 chambres d’hôtel, et j’en passe.
S’ensuivent des cours plus irréguliers, calés entre deux disponibilités.
Au programme : bols, assiettes, mugs, petites tasses.
Je suis globalement satisfaite des pièces — jusqu’à l’émaillage. De mauvais choix, une insatisfaction persistante face à un résultat qui ne ressemble pas à ce que j’avais en tête. La plupart ont pris le chemin d’Emmaüs, avec l’idée qu’elles auraient peut-être plus de valeur pour quelqu’un d’autre.
Quelques-unes sont restées.
Deux petits bols notamment, que j’utilise encore quotidiennement et que j’adore.

Chaque pièce a plus ou moins trouvé sa place. Et j’apprends, doucement, à accepter que ce sont les imperfections qui rendent une pièce unique — qui lui donnent ses lettres de noblesse.
C’est un chemin long et sinueux. Mais je commence à y goûter.
Nouveau déménagement, cette fois à Caen.
Plusieurs mois sans tour, sans atelier, sans terre entre les mains. Jusqu’à une masterclass sur deux jours pour le plaisir de pratiquer, explorer des émaux plus travaillés, et revenir avec une petite série de pièces du quotidien — tasses à thé, tasses à expresso, ainsi que le soliflore que vous avez pu voir en couverture.
L’envie de reprendre des cours à l’année est bien là. Mais les disponibilités ne collent pas avec mes horaires, et les places sont limitées.
Je laisse l’idée de côté. Pour l’instant.

Encore un déménagement — toujours à Caen, mais cette fois on achète notre premier appartement.
Nouveau quartier. Nouvelles adresses à explorer.
C’est en allant bruncher chez Flaque (article dédié par ici) que tout bascule à nouveau. En plus de trouver une adresse pleine de sens, je remarque de jolies tasses. Leur style m’attire immédiatement — la façon dont elles ont été tournées, leur caractère artisanal évident.
Je pose la question.
Elles viennent d’une jeune céramiste basée à Caen. Qui donne évidemment des cours. À quinze minutes à pied de chez moi.
Je consulte son site. J’adore son univers, tellement proche de ce vers quoi je veux aller. Je prends une carte pour dix cours.
Et me voilà à nouveau sur les rails.
Alors voilà.
Je vous embarque dans cette série d’épisodes autour de la poterie. Parce que j’adore cet univers. Parce qu’un jour, mon service de vaisselle complet sera fait de mes mains. Et parce que ça fait sens — pour quand viendra ma maison et table d’hôtes, ma cuisine végétale du potager à l’assiette.
Avoir tout cultivé et tout créé, de A à Z.
La suite, très vite.